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II. Réaliser une photographie
Chaque condition est unique. Chaque photographie l’est également. Connaître les paramètres de réglage de son appareil photographique n’est souvent pas suffisant. Outre le cadre, la scène et le sujet, une photographie requière de trouver la meilleure combinaison entre ces paramètres. Les principales situations sont abordées ici, incluant un réglage général. Il n’est bien entendu pas exclu d’en sortir, selon l’effet souhaité, à condition de toujours respecter une exposition correcte via les trois paramètres du triangle d’exposition.
1. La photographie en intérieur
a. Le portrait
La principale difficulté dans la photographie de portrait réside dans le cadrage. Centrer le sujet peut rendre l’image sans intérêt. La règle des tiers (diviser largeur et hauteur par trois et y placer le sujet sur l’un des points de croisement) permet de grandement l’améliorer. Pour un meilleur cadre, il est préférable d’éviter le grand-angle qui a pour conséquences de fortement déformer le sujet. Un objectif de 50 mm ou supérieur est plus approprié à la situation. Prioriser l’ouverture (f/2,8 environ) permet de faire ressortir le portrait en floutant l’arrière-plan, ce dernier devant être minimisé dans ses dimensions. En mode manuel, la vitesse d’obturation ne doit être ni trop rapide (< 1/300 s) pour éviter le manque de lumière du fait des conditions en intérieur, ni trop lente (> 1/60 s) pour éviter le flou de bougé.
b. En faible lumière
La prise de vue en intérieur (à la maison, dans une église, en salle de sport…) est caractérisée par la faible quantité de lumière. Pour pallier le manque de luminosité, l’ouverture du diaphragme doit être maximale (ce qui réduit la profondeur de champ), quitte à ralentir l’obturation ou à monter en sensibilité. Un flash orientable ou un trépied peut aider dans certaines situations, en fonction de la qualité du boîtier. Cas particulier : la salle de concert s’avère encore plus sombre et les mouvements peuvent être plus rapides ; il est possible d’utiliser le levier sensibilité (800 ISO ou plus, jusqu’à 1 600 ISO pour les bons boîtiers) afin de réduire le flou de bougé via la vitesse (1/100–1/250 s environ).
2. La photographie en extérieur
a. En pleine nature
Bien évidemment, photographier la nature, qu’elle soit urbain ou non, est aussi vaste par l’immensité des paysages qui s’offrent à nous. Les réglages sont donc également assez variés, d’un objectif grand-angle pour la largeur d’une montagne (voire une composition panoramique en post-traitement) à un téléobjectif pour une marmotte gambadant sur cette montagne. Le mode semi-automatique est idéal, selon le choix privilégié (petite ouverture pour garder une bonne profondeur de champ ou vitesse rapide pour limiter le flou de bougé). La balance des blancs s’adapte en fonction des conditions ensoleillées ou nuageuses.
b. Lever et coucher de Soleil
Les lever et coucher de Soleil nécessitent une situation géographique adéquate : à l’est pour le lever et à l’ouest pour le coucher. L’intérêt de ces moments particuliers est les couleurs vives, ce qui n’est pas toujours évident au rendu du fait du fort contraste. La sous-exposition permet de saturer l’image et ainsi de mettre les couleurs en valeur. Fermer son diaphragme est utile pour deux raisons : abaisser la luminosité et rendre les premiers plans nets. Lorsque le contraste est vraiment important, l’utilisation d’un filtre gradué à densité neutre (GND) ou de combiner plusieurs images à différentes expositions (digital blending) en post-traitement, si la situation s’adapte bien (mouvement de la mer au premier plan pas trop rapide). Une pose longue est également possible, en particulier avec une mer agitée devant, en ajoutant un filtre à densité neutre (ND 400–ND 800).
c. La pose longue
La pose longue permet de lisser les mouvements, telle que l’eau (un bord de mer ou une cascade de montagne) ou la foule. Pour éviter tout flou de bougé, cette technique nécessite l’utilisation d’un trépied et d’une télécommande. Pour éliminer les vibrations, il est également possible d’activer le verrouillage du miroir. La priorité ouverture permet de sélectionner une fermeture maximale, ce qui a pour conséquence directe d’augmenter le temps de pose. Pour une pose relativement longue (de l’ordre de plusieurs secondes), il est possible de choisir le mode priorité vitesse ou pose longue (BULB). Dans ce cas, l’utilisation d’un filtre à densité neutre est indispensable en journée.
3. La photographie de nuit
La photo de nuit requière une adaptation au manque de lumière. Les trois pistes du triangle d’exposition sont envisageables : l’ouverture du diaphragme (sans nuire à la profondeur de champ), la vitesse d’obturation (tout en limitant le flou de bougé), et la sensibilité (en évitant le bruit numérique). Trépied et télécommande sont donc indispensables en poses longues lors de prises de vues de nuit. Plusieurs tentatives sont souvent nécessaires pour régler manuellement la mise au point. Deux conseils supplémentaires : le blocage du miroir évite les micro-vibrations lors de la prise de vue et la désactivation du bruit (bruit exposition longue durée et bruit ISO) à corriger en post-traitement.

La ville de nuit offre un avantage comparée à la campagne : la lumière y est plus importante, dans une certaine limite. Si malgré toutes les ruses utilisables (augmenter l’ouverture, ralentir la vitesse et accroître la sensibilité) l’image demeure trop sombre, il est de mise d’utiliser un trépied, ce qui permet également de garder de faibles ISO et de limiter le bruit.
a. Les feux d'artifice
Les feux d’artifice n’étant pas fixes, si l’on souhaite avoir un bouquet complet sur la photographie, il est nécessaire d’adapter son temps de pose à plusieurs secondes. Du fait des conditions nocturnes, la luminosité ne dépend pas de la vitesse d’obturation, mais de la durée d’éclairement du feu. Son contrôle peut se faire via l’ouverture du diaphragme en évitant ainsi d’augmenter les ISO et le bruit numérique ; attention cependant à ne pas choisir une ouverture trop grande pour ne pas limiter la profondeur de champ (surtout avec une mise au point manuelle). Le choix du grand-angle ou du téléobjectif dépend de la distance de l’événement.
b. Les éclairs
La photographie d’éclairs se réalise préférentiellement de nuit. Du fait de la courte durée de l’événement, une pose longue s’impose (> 15 s ou manuelle) ce qui nécessite l’utilisation d’un trépied et d’une télécommande pour éviter tout mouvement de l’appareil. Selon les conditions (localisation, densité des éclairs, distance de l’orage, luminosité du ciel…), les réglages peuvent différer. Le voile lumineux des environnements urbains, par exemple, produit souvent une lumière de fond sur la photographie : il est donc préférable d’augmenter la vitesse d’obturation (< 10 s). Le choix de la focale dépend de la distance de l’orage : grande ouverture (f/2,8) pour les orages lointains, petite ouverture (f/11) pour les orages proches pour limiter la surexposition. Le blocage du miroir peut s’avérer utile pour les poses longues afin d’éviter un léger flou de bougé lors du déclanchement de la prise de vue.

Les éclairs de jour constituent de vrais challenges : la luminosité trop importante limite la pose longue à 1/150 s, voire 1/10 s par ciel gris sombre. Par conséquent, la prise de vue en mode rafale s’avère nécessaire pour espérer avoir un éclair sur une photographie. L’utilisation d’un filtre à densité neutre peut être utile pour assombrir le paysage et diminuer la vitesse d’obturation.
c. Le ciel nocturne
Il existe plusieurs types de photographies nocturnes : le champ large (nightscape) via un grand-angle lumineux, le planétaire (la Lune et les planètes du système solaire) via un téléobjectif et le champ profond pour les objets lointains (galaxies, nébuleuses, amas…) via un télescope ou une lunette astronomique et un système de compensation de la rotation terrestre. Concernant le champ large, la sensibilité doit être haute sans trop altérer l’image par du bruit numérique (selon la qualité du boîtier, certains peuvent monter facilement à 4 000 ISO) et l’ouverture maximale (fermer légèrement le diaphragme permet cependant d’améliorer la netteté des étoiles). La vitesse d’obturation est ajustée en dernier ; veillez cependant à ne pas laisser l’obturateur trop longtemps ouvert pour éviter les traînées d’étoiles (observé à partir de 25 s pour une focale à 17 mm et à partir de 10 s pour une focale à 35 mm). La mise au point est une partie délicate, la mise au point infinie est rarement la bonne. Il est préférable de zoomer au maximum sur une étoile en utilisant le liveview et de faire varier la mise au point manuellement jusqu’à la voir aussi petite que possible.
d. Les aurores polaires
Comme pour immortaliser la Voie lactée, les aurores polaires nécessitent un objectif à grande ouverture (f/2,8 minimum). Les réglages sont généralement similaires au ciel nocturne, avec un temps de pose pouvant être réduit dans les cas de forte intensité aurorale. Le grand angle donne une meilleure image finale, surtout en reliant le ciel à des éléments terrestres (arbres, lacs, montagnes…).
4. La macrophotographie
La macrophotographie s’intéresse à des rapports de reproduction (ou grandissements) de 1:1 (×1) minimum (1 cm en réel représentera 1 cm sur le capteur). Plusieurs objectifs macrophotographiques sont disponibles, à différents rapports de reproduction et focales et tirages mécaniques (distance entre la bague et le capteur). Plusieurs difficultés peuvent cependant survenir. À ces rapports, la profondeur de champ est relativement réduite (de l’ordre de quelques mm). Dans de telles conditions, la mise au point automatique est souvent délicate. Fermer le diaphragme permet de corriger la profondeur de champ, mais introduit un obstacle supplémentaire : la luminosité réduite. Elle est d’autant plus faible que l’on s’élève dans les grossissements (e.g. ×3 à ×5). Trois solutions sont possibles : augmenter le temps de pose (si l’appareil est stabilité à l’aide d’un trépied), augmenter la sensibilité, ajouter une source de lumière artificielle (flash dédié à la macrophotographie).