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La forêt : poumon de la Terre ?
La forêt est l’un des lieux clefs de la photosynthèse, réaction biochimique de synthèse de la matière organique par la consommation de CO2 s'oppérant chez les organismes chlorophylliens. Cette réaction permet également la libération de O2 en oxydant des molécules d’eau. Ainsi, il est communément admis, malheureusement à tort, que la forêt fonctionne comme un poumon pour la planète. Outre le fait qu’un poumon a plutôt une tendance à libérer du CO2 et non l’inverse, cette idée est fausse pour une raison d’un équilibre dynamique. Tout comme les animaux, les végétaux nécessitent de l’énergie produite en métabolisant certaines molécules organiques : c’est la respiration au sens biochimique du terme. Le produit de cette réaction est le CO2. Arrivée à un stade de maturité, une forêt atteint un équilibre biogéochimique : les entrées de carbone sont égales aux sorties. Ceci étant dit, la forêt est un puits de carbone, de l’ordre de 60 à 120 Mg de carbone par hectare selon le type de forêt considéré (tempéré, boréal ou tropical). Ces valeurs atteignent 150 à 400 Mg de carbone par hectare si l’on considère l’écosystème forestier dans son entier, c’est-à-dire avec le sol. Au total, ce sont plus de 1 000 Pg de carbone qui sont stockés par ces écosystèmes. De ce fait, la déforestation déséquilibre le système en diminuant le stock de carbone initialement présent dans la biomasse végétale. Lors de la combustion de bois, le carbone organique s’échappe vers l’atmosphère sous forme de CO2. Le surplus de carbone dans l’atmosphère issu de la déforestation ou de la combustion fossile est majoritairement contrôlé par l’océan qui joue un rôle crucial en absorbant du CO2 sous forme d’acide carbonique dissous. Ceci a un effet direct sur l’acidification des océans et pose des questions quant au devenir des concentrations en carbone dissous anormalement élevées dans l’océan profond aux conséquences inconnues sur le long terme.
La mer sans eau
Il existe deux types de bassins hydrologiques sur Terre : ceux qui atteignent la mer, dits bassins exoréiques, et ceux qui ne l’atteignent pas, dits bassins endoréiques. Si les premiers sont relativement communs, les seconds sont beaucoup moins connus alors qu’ils représentent 18 % de la surface terrestre. On en retrouve sur tous les continents, dont les plus grands se situent en Asie centrale, en Afrique du Nord, dans la péninsule arabique, en Australie, en Afrique du Sud, dans l’Ouest américain et dans l’Altiplano andin. La raison de leur fermeture est liée aux conditions climatiques régionales sèches : les pertes par évaporation égalent les apports par précipitations. Ils se terminent souvent par un lac salé, appelé lac terminal, issu de l’accumulation constante en sels solubles. C’est le cas de la mer Caspienne, de la mer Morte ou du lac Tchad par exemple. Ces systèmes sont en équilibre fragile que les activités humaines peuvent parfois modifier au prix de conséquences irréversibles ; l’alimentation des populations en eau est au centre d’enjeux géopolitiques souvent source de déséquilibre. L’exemple phare est celui de la mer d’Aral, située entre le Kazakhstan au nord et l’Ouzbékistan au sud. Historiquement alimenté par le Syr-Daria et l’Amou-Daria, ce lac terminal a perdu 90 % de son volume depuis 1960. C’est en 1920 que l’URSS décide de détournement l’eau de ces deux rivières pour alimenter les champs de cotons économiquement plus intéressants par de nombreux canaux transversaux. Bien qu’en équilibre précaire, l’intensification agricole 40 ans plus tard a entraîné une perte drastique aux conséquences sociales et environnementales : raréfaction des produits des pêcheurs Kazakhs et Uzbeks, hypersalinité des eaux toxique pour certaines espèces, envolement de poussières toxiques riches de pesticides. Les diverses tentatives de sauvetage n’ont, jusqu’à présent, jamais porté ses fruits.
L'océan en plastique
Le plastique est omniprésent dans notre quotidien. Deux cent quatre-vingt millions de tonnes de plastique sont fabriquées chaque année à partir de 8 % de la production mondiale de pétrole. Ce polymère de synthèse n’est malheureusement que très peu recyclé, et se retrouve abondamment dans nos déchets. La production continentale peut atteint le littoral par le réseau hydrographique et s’ajoute aux déchets issus des activités urbaines côtières, particulièrement amplifiées en période estivale. Les propriétés physiques du plastique facilitent son transport dans toutes les directions ; les composés de faible densité peuvent flotter (tels que le polyéthylène) alors que d’autres ont des densités supérieures à celle de l’eau leur permettant d’atteindre des profondeurs abyssales (tels que le polychlorure de vinyle). Leur dégradation est quasi impossible tant les quantités de lumière et d’oxygène sont limitées en profondeur ; ces derniers constituent une pollution persistante. Macrodéchets – comme les bouteilles ou les sacs en plastiques – et microparticules issues de la fragmentation se dispersent au gré des courants océaniques. La NASA a récemment modélisé le transport de ces particules de plastique au sein des gyres océaniques des 35 dernières années, allant jusqu’à former des « continents de plastique », zones de concentration des matières plastiques. Ces déchets créent de nombreux problèmes sur la santé des organismes marins. Par exemple, les animaux en bout de réseau trophique, comme l’albatros et le manchot, accumulent davantage ces polluants. Neuf dixièmes des espèces d’oiseaux marins ingèrent fortuitement des fragments de plastique, soit en les confondant avec des aliments, soit par bioaccumulation. Les mollusques filtrant l’eau marine (jusqu’à plusieurs centaines de millilitres d’eau par heure) y sont également sensibles. Des déchets plastiques viennent récemment d’être repérés en Arctique dans la mer de Barents.
Les débris spatiaux
La contamination liée aux activités humaines ne se limite pas aux seuls continents et océans. Malgré sa méconnaissance, l’espace y est largement soumis depuis les premiers lancements de satellites artificiels en 1957. Dès lors, plus de 4 600 lancements ont été réalisés, et on dénombre aujourd’hui environ 2 600 satellites qui gravitent autour de la Terre, soit une masse de 5 000 tonnes de matière. Parmi eux, seuls 800 satellites sont actuellement en service, permettant d’assurer diverses fonctions (observation terrestre ou spatiale, télécommunication, positionnement géographique…). Selon son activité, un satellite sera soit stationnaire (géostationnaire), soit en mouvement autour de la Terre ; les orbites sont comprises entre plusieurs centaines et plusieurs dizaines de milliers de kilomètres (35 786 km pour l’orbite géostationnaire, rotation en 23 heures, 56 minutes et 4 secondes). Les explosions en orbites, le vieillissement des instruments, et les impacts de corps extra-terrestres causent un nombre considérable de débris pouvant atteindre des vitesses importantes (plusieurs dizaines de kilomètres par seconde). La NASA surveille de façon régulière 13 000 objets de plus de 10 cm catalogués (satellites hors d’usage et fragments de satellites), et on estime à près de 200 000 objets de 1–10 cm, et 35 000 000 objets de 0,1–1 cm, chiffres qui ne cessent d’augmenter. Deux types de risque sont occasionnés par ces débris spatiaux. Le premier concerne les dommages occasionnés par abrasion et détérioration des satellites fonctionnels, générant de nouveaux débris. Le second apparaît lors de la chute d’un objet non totalement consumé lors de son entrée dans l’atmosphère, appelé risque au sol. Pour limiter ces risques, un comité international – Inter Agency Space Debris Coordination Committee (IADC) – a été créé en 1993 afin d’identifier, d’étudier et de limiter les impacts de ces débris spatiaux. Malheureusement, aucune solution financièrement faisable n’a encore été trouvée.
La Palme d’huile est attribuée à…
Le palmier à huile (Elaeis guineensis, famille des Araceae) est originaire d’Afrique de l’Ouest et se cultive depuis le début du XXe siècle pour son huile extraite de ses fruits abondants. Depuis quelques années déjà, la production mondiale d’huile de palme détrône celle de l’huile de soja avec, selon la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), plus de 50 millions de tonnes produites en 2012. Sur les trois continents cultivant le palmier à huile (Afrique, Asie et Amérique), l’Indonésie et la Malaisie constituent à eux seuls plus de 85 % de la production mondiale. L’huile de palme se retrouve en grande majorité dans l’alimentation (comme la margarine ou l’huile alimentaire), mais aussi dans de nombreux produits dérivés consommés quotidiennement issus de l’industrie alimentaire (pâtisserie, chips…), cosmétique (savons) ou chimique. Ce juteux marché encourage même, depuis peu, l’industrie des agrocarburants. Mais la monoculture du palmier à huile exploite des superficies en zone tropicale de plus en plus étendues, avec près de 10 millions d’hectares aujourd’hui, au détriment des milieux naturels. L’accélération des demandes en huile de palme entraîne certaines conséquences. La première est écologique, directement liée à la disparition des habitats par déforestation : nombreuses espèces sont actuellement menacées, comme c’est le cas des orangs-outangs de Sumatra et de Bornéo. La deuxième conséquence concerne le bilan géochimique en carbone : émissions de CO2 aux impacts climatiques connus lors des incendies provoqués pour éliminer la végétation en place, et destruction des tourbières. Ces dernières représentent seulement 3 % des surfaces continentales, alors qu’elles stockent un tiers du carbone contenu dans les sols mondiaux. Le drainage des sols opéré permettant l’implantation des palmiers favorise la libération de CO2 par dégradation de la matière organique. À titre d’exemple, 25 % des plantations de palmiers à huile l’Indonésie sont réalisées sur d’anciennes tourbières. Enfin, l’aspect sanitaire lié à la présence pour moitié d’acides gras insaturés dans l’huile de palme reste encore un sujet de discussion au sein de la communauté scientifique.
Il était une fois l'invasion biologique
Emblème du cinéma de Sergio Leone, le buisson roulant sur les musiques d’Ennio Morricone est communément appelé « virevoltant ». Il s’agit de la partie supérieure d’une plante autrefois utilisée pour la fabrication de savons : Salsola tragus (famille des Amaranthaceae) ou soude roulante. Originaire des steppes arides d’Eurasie, cette espèce a été fortuitement introduite durant les années 1970 aux États-Unis dans le Dakota du Sud lors d’importation de graines de lins contaminées par des graines de soudes roulantes. À l’automne, les plants matures deviennent secs et cassants ; la partie supérieure se détache alors de son pied et roule au gré du vent. Elle entraine avec elle des centaines de milliers de graines, permettant de se disperser rapidement, colonisant parfois des milieux inhospitaliers de par ses faibles exigences écologiques (par exemple, amplitude thermique élevée ou tolérance au sel). Malgré sa popularité, Salsola tragus est une illustration typique de l’invasion biologique : sortie de son milieu de vie naturel, elle perd son équilibre écologique en créant de nouvelles compétitions jusqu’à devenir envahissante. Aujourd’hui, la soude roulante se retrouve sur la quasi-totalité des États-Unis et cause de nombreuses conséquences sociétales : destruction des récoltes de blé, obstacles sur les routes, ou encore stockage inesthétique aux abords des clôtures. Nombreuses sont les espèces invasives qui, par l’action humaine, perturbent involontairement des territoires entiers.
Le miel des villes et le miel des champs
Comme dans la fable de La Fontaine écrite en 1668 – Le rat des villes et le rat des champs –, la campagne est souvent synonyme de qualité de vie. Et pourtant, depuis quelques années déjà, l’environnement rural ne semble plus très hospitalier pour l’abeille domestique (Apis mellifera), mettant en péril la reproduction des plantes à fleurs. La diminution du nombre de ces hyménoptères sociaux résulte, selon un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) de 2008, de la combinaison d’une quarantaine de facteurs regroupés en causes biologiques (prédation, parasitisme ou infection virale/bactérienne), chimiques (plus de 400 substances actives phyto- pharmaceutiques autorisées), environnementales (érosion de la biodiversité) ou relatives aux pratiques apicoles. Il convient de distinguer, au sein même des facteurs chimiques, les traitements appliqués directement aux abeilles (antibiotiques ou biocides destinés à éliminer leurs parasites comme Varroa destructor) des traitements appliqués à la plupart des surfaces cultivées. En 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) affirme que trois insecticides neurotoxiques systémiques de la famille des néonicotinoïdes (l’imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine) altèrent le comportement des abeilles domestiques. Parallèlement à cette pression chimique et depuis l’avènement de la monoculture intensive, les paysages ruraux ont été modifiés : la superficie des habitats naturels, comme les haies, a été considérablement réduite (plus de 50 % dans certaines régions européennes en un siècle). Ceci impacte directement la biodiversité, dont celle des plantes mellifères tant recherchées par les abeilles. Malgré la pollution, la diversité végétale des environnements urbains semble favorable au développement de ces hyménoptères en ville, incitant plusieurs apiculteurs à produire du « miel de Paris ».
Environnement vs écologie
Les notions d’environnement et d'écologie sont souvent utilisées pour une seule et même définition dans le langage courant. Or, il convient de distinguer ces deux termes scientifiques. En effet, l'environnement, spécialité des environnementalistes, étudie les conditions chimiques, physiques et biologiques du milieu de vie naturel ou artificiel des êtres vivants. Il inclut de nombreuses disciplines scientifiques. L’écologie a, quant à elle, pour objet d’étude « les rapports des êtres vivants entre eux et avec le milieu physique dans lequel ils évoluent » (Jean Dorst dans Avant que nature meure, 1965). Cette discipline scientifique, étudiée par des écologues, fait partie intégrante des sciences de la vie. L’écologie est donc à l’environnement ce que la médecine est à la santé. Dans ce cadre, l’emploi du terme écologie dans le jargon politico-médiatique (comme chez les écologistes ou au Ministère de l’Écologie et du Développement Durable) est inapproprié car trop réducteur. La surveillance des émissions polluantes ou la problématique énergétique ne relèvent en aucun cas du domaine de l'écologie mais de celui de l'environnement.